Issus de l’ancienne et illustre maison des Landricourt, qui joua un rôle important dans les croisades, les de Ponthon ou Ponton prennent leur nom d’une seigneurie ainsi appelée et située dans le Perthois. Par leurs alliances, comme par leurs services, ils occupent un rang distingué parmi la noblesse, et s’honorent d’avoir produit un lieutenant général admis à la pairie, des officiers de tous grades, des magistrats de mérite, etc…

L’auteur de cette famille est Henry de Ponthon
qui fait plusieurs dons aux moines de Haute-Fontaine,
comme on le voit dans une charte
du commencement du XIII° siècle.
Il figure aussi dans un acte daté de 1252,
joignant à son titre de Seigneur de Ponthon
celui de chevalier de Longchamps.

Jean de Ponthon, qui paraît être son fils, reçut de Guillaume , comte de Joigny, pour services rendus, des privilèges s’étendant à tous les fiefs qu’il possédait dans sa suzeraineté.

Les archives des religieux de Ste Marguerite, Prieuré de Margeries (Aube), constatent une donation qu’il fit en 1250 à ce monastère.

Marguerite de Ponthon, probablement sa sœur, était en 1235 religieuse à l’abbaye de Benoitevaux, près Reynel (Haute-Marne).

Miles de Ponthon, fils de Jean, eut pour fils Thévenot de Ponthon, dont le fils Théobald continua la descendance dans le Perthois, et dont la fille Isabeau fut mariée à Pierre Landry (descente Généalogique d’Estienne Porcher.1650).

Théobald de Ponthon fit donation d’une partie de ses terres aux religieux de Moncets, ainsi que l’atteste une charte datée de 1347.

Gérard de Ponthon, petit-fils de Théobald, paraît dans un acte de 1416, comme partie contractante avec Gérard de Sommiyevre, son cousin, seigneur de Landricourt.

Plusieurs membres de la famille quittèrent la Champagne vers cette époque. En 1491, nous trouvons en Normandie Jean de Ponthon, porté dans « les montres et revues des nobles et noblement tenants du Duché d’Alençon, comté du Perche et terres françaises, tenues à Seez par Lebrun d’Aché, sous le Capitaine Jean Legris, Le vingtième jour de septembre de l’an 1491, comme demeurant en comté du Maine, et ayant prouvé par certificat qu’il avait servi au banc de la dite province » (rôles des montres de Normandie, bureau héraldique de l’Armorial).

Adrien de Ponthon, écuyer, vivait en Normandie, élection de Neufchâtel, en 1526 (Maintenue de Normandie). Son petit-fils, Adrien de Ponthon, fut confirmé dans sa noblesse d’extraction par jugement de l’an 1668, résidait à Guillemerville, et avait épousé Louise de Canet.

Une branche de Ponthon se fixa à Calais. Charles de Ponthon, Maire et échevin de la ville de Calais vers la fin du XVII° siècle, eut un fils, Charles qui fit enregistrer ses armes dans l’Armorial d’Hozier [2], et une fille Françoise, qui fut la mère du célèbre Président Hénault et de la Comtesse de Jonzac.

D’autres branches s’établirent à Lyon, à Castelnaudary, dans les Landes et en Espagne. Celle des Landes avait pour chefs les marquis de Ponthon ; celle d’Espagne est représentée au XIX° par les vicomtes et comtes de Ponton ; celle de Castelnaudary l’était en 1789 par deux chevaliers du nom ; celle de Lyon paraît s’être éteinte en la personne d’un ecclésiastique, qui était curé de St-Michel-d’Aisnay, à Lyon, vers la fin du XVII° siècle.

Cependant, les seigneurs de Ponthon continuèrent , après Gérard, à occuper une position éminente dans le Perthois.

Un titre de l’an 1520 nous apprend qu’à cette époque la seigneurie de Nuisement était partagée entre le seigneur de Ponthon et Gérard de Varnoy, qui en possédait une portion par sa femme, Colette de Sommyevre.

En 1560, une contestation s’éleva entre les habitants de Ponthon , qui refusaient de reconnaître d’autres seigneurs que ceux de ce nom, et les religieux de Haute-Fontaine, qui interprétaient peut-être un peu trop largement les donations faites autrefois à leur abbaye par les seigneurs de Ponthon.

François de Ponthon fit, en 1584, un abonnement avec les mêmes religieux pour ses biens de Landricourt.

Le Château de Ponthon fut brûlé pendant les guerres de Religion ; les terres qui en dépendaient furent dévastées, et le village fut anéanti.

La principale branche de la famille vint s’établir à Perthes ; une autre se fixa à Esclaron [3]. Parmi les membres qui vivaient à cette époque nous citerons Louise de Ponthon, qui, en 1604, était religieuse au monastère de Poulangy, Louis de Ponthon [4] (1560-1620) et Vrain (ou Jehan) de Ponthon, son fils. R de Ponthon fut choisi en 1662 pour arbitre dans une contestation entre les religieux de Haute-Fontaine et le curé de Hauteville.

Jean de Ponthon (1635-1709), épousa Marie Jart.

Ils eurent trois enfants : Madeleine qui fut religieuse annonciade à Joinville, Jacques, qui se fit bénédictin et fut longtemps procureur de l’abbaye de Haute-Fontaine et l’aîné : Jean de Ponthon (1670-1719), qui épousa Anne Chasteau.

Ils eurent au moins un fils : Jean-Baptiste de Ponton ( -1779), écuyer, alla habiter Paris et épousa Louise de la Martinière.

Seigneur de la Presle et d’Amécourt, il eut 7 filles et cinq fils :
Marc-Antoine-René, Louis de Ponton du Pont, Augustin de Ponton d’Amécourt, M de la Presle, M de Ponton de la Gravière.

Augustin de Ponton d’Amécourt est le seul des cinq fils de Jean-Baptiste de Ponton d’Amécourt dont la postérité masculine subsiste aujourd’hui.


Augustin de Ponton d’Amécourt (1736 ?-1808)

Au cœur de la Creuse, à une vingtaine de kilomètres au nord-est d’Aubusson, le petit village de Mainsat n’offre aujourd’hui aux rares visiteurs que le calme visage de ses vieilles demeures alignées de part et d’autre de la rue principale.

Qu’un voyageur étranger à la région et, qui plus est, au département, descende de voiture pour aller en pèlerinage à l’église et au cimetière, et voilà excitée la curiosité de tous les habitants…
Seuls, le château transformé en ferme et la vaste église qui lui fait face rappellent l’importance du bourg avant la révolution de 1789.

Comment imaginer que la bourgade assoupie connut autrefois une réelle animation et qu’elle fut le berceau d’une grande famille française : celle des La Roche Aymon ?

Pourtant, dans cette province à l’histoire tumultueuse qu’est la Marche, Mainsat fit, à cette époque, figure de ville. On estimait sa population à 180 feux et environs 1280 communiants, soit plus de 1500 habitants. Y était établi aussi le bureau du grenier à sel, dépendant de la Direction de Montluçon, point de départ de notre voyage dans le temps.

Une dizaine d’années avant la révolution le receveur de ce grenier à sel se nommait Augustin de Ponton d’Amécourt.

Né en 1739, écuyer, descendant d’une vieille famille champenoise, il servit d’abord dans l’armée comme capitaine des volontaires de la Marine. Fait prisonnier par les Anglais en 1762, il fut conduit en Angleterre. A son retour en France, il épousait en 1764, une jeune fille mineure, Jeanne-Louise Maille.
Commissaire de la Marine, il fut envoyé en Guyane Française puis, en 1797, devint inspecteur Général des Fermes du Roy, dans le Val de Loire.

Les principaux agents de la Ferme Générale jouissant, le plus souvent, d’une belle fortune. On peut se demander pourquoi Augustin, peu favorisé de ce côté, cadet de famille par surcroît, occupait cependant un emploi dans la compagnie.
Son père, Jean-Baptiste, resté en bas âge orphelin de père et de mère à 6 ans, fut élevé avec très peu de fortune, devint intéressé dans les affaires du Roy et perdit dans la faillite de l’agio ce qu’il pouvait avoir.

Son grand père Jean, déjà intéressé dans les affaires du Roi, avait notamment fait de nombreuses dépenses dans l’armement de deux frégates destinées à l’expédition d’Ecosse et était obligé de réclamer leur remboursement, en 1709 et 1710, au sieur Du Guay , intendant de Marine à Dunkerque.

Tous les membres de la famille de Ponton n’avaient cependant pas fait faillite. Nous avons parlé plus haut de Charles.

Maire et échevin de Calais, il avait eu plusieurs enfants, dont Jean, président des tailles à Calais, Charles, Conseiller au Parlement de Metz, secrétaire du Roi, maison et couronne de France et des Finances, et une fille, Françoise, qui avait épousé Jean-Rémy Hénault.
Celui-ci, fils d’un libraire parisien, devint fermier général. Sainte Beuve a dit de lui que c’était « un homme riche qui aimait les lettres, et même assez particulièrement pour prendre le parti de Corneille contre Racine et pour se mêler à cette petite guerre que soutinrent Thomas Corneille et Fontenelle ».

De leur union naquit un fils, Charles-Jean-François, qui sera le célèbre président Hénault (1685-1770), historien, ami de Mme du Deffand, surintendant de la reine Marie Leczinska, qui l’aimait beaucoup, et époux de Mlle Lebas de Montargis, petite fille de Mansart. Dans ce milieu de financiers et de parlementaires, les relations ouvrent bien des portes et le cousin du président Hénault ne peut rester dans l’embarras, d’où cette place.

Le premier enfant d’Augustin de Ponton d’Amécourt décède l’année de sa naissance.
Les autres enfants Marie-Anne en 1770, Louis-Augustin en 1773 [5], Gilberte-Marie en 1775, Marie-Clémence-Dominique en 1778, naissent en Touraine.
Mais en 1780, Augustin de Ponton d’Amécourt a changé de résidence et est installé à Mainsat, dans la généralité de Moulins. C’est là que vient au monde, le 2 août, un sixième enfant qui est, selon la coutume, baptisé le même jour en l’église Notre-Dame par le curé du lieu, l’abbé Cartier. Il s’appelle Antoine-Louis-Marie .[6]

Antoine Ponton-dAmecourt

Des évènements tragiques vont jalonner la vie de la famille :
leur mère meurt le 25 août 1782, Antoine n’a que deux ans, c’est Marie-Anne bien que très jeune qui s’occupera d’Antoine.
En 1789, Marie-Anne décède subitement à l’âge de 19 ans.

Et voici la révolution. La Ferme Générale, impopulaire, est supprimée par l’Assemblée Nationale le 20 mars 1791. Plusieurs fermiers Généraux sont arrêtés et montent sur l’échafaud. Les agents subalternes, s’ils ne sont pas inquiétés, perdent leur emploi.
Augustin de Ponton d’Amécourt est de ceux là, mais il a réussi à travailler comme "employé liquidateur à la liquidation générale" dès 1790. Tous les receveurs provinciaux devaient en effet fournir une reddition de leur comptes.

Les conditions de vie ont changé. Il ne fait pas bon proclamer ouvertement des opinions royalistes. Le Roi et la Reine ont été guillotinés ; les nobles sont suspects.
L’abbé Cartier, curé de Mainsat , qui a refusé de prêter serment, est emprisonné cinq semaines à Aubusson. Condamné à la déportation, il se retire à Fribourg, en Suisse.

Les vivres se raréfient un peu partout en France et une famine affreuse sévit dans la Creuse. Augustin de Ponton d’Amécourt, ou plutôt "le citoyen Ponton", est obligé de vendre tous ses meubles et tous ses effets pour faire subsister sa famille.
Quittant Mainsat, qui n’est plus sûr, il se rend à Paris, où sa femme possédait une maison. La famille s’installe au n°3 de la rue du Vieux-Colombier. Augustin a emmené avec lui ses deux filles, Gilberte et Clémence, et son fils Antoine. L’aîné , Louis-Augustin, ne les rejoindra que plus tardivement.

En effet, le 26 frimaire an III (16 décembre 1794), Louis-Augustin épouse une jeune fille d’une famille aisée de St Priest d’Evaux, Marie Parry.
Le jeune homme, qui signe "Ponton d’Amécourt" est secrétaire de la municipalité de cette localité, qui porte le nom de La Républicaine [7].

A Paris, Augustin sollicite, en vain, un emploi auprès du Ministre de l’Intérieur. La situation financière de la famille devient critique.

En 1796 les cousins de Saint-Domingue sont tous massacrés [8]. L’un des frères d’Augustin, Louis de Ponton du Pont, procureur au siège présidial de Saint Marc, à Saint Domingue, parrain de Louis-Augustin, était décédé en 1780. Son fils était demeuré dans l’île avec sa famille.

En 1797, Louis-Augustin est employé à l’Etat-Major général de la 17ème division militaire, celle de Paris.
Antoine-Louis-Marie le rejoint bientôt.

N’est-il pas étonnant de voir affectés à l’Etat-Major de Paris deux jeunes nobles de province, alors que la plupart des volontaires combattent aux armées ?

En fait, un de leur parents, Charles-François de Ponthon [9], qui a trois ans de plus qu’Antoine, a participé déjà à plusieurs campagnes révolutionnaires.
Le 25 juillet 1799, il a été nommé capitaine par le Général Bonaparte sur le champ de bataille d’Aboukir, où il s’est fait remarquer par son courage.

« Dans la suite de la campagne d’Egypte, les généraux Verdier et Kléber lui promirent, tous deux, un sabre d’honneur ». [10]

Si ce n’est l’influence de Charles-François qui a joué, peut être est-ce celle de Louis de Narbonne. Il est le beau-frère d’Antoinette de la Roche-Aymon, la marraine d’Antoine-Louis-Marie. Louis de Narbonne est encore immigré à cette époque, mais ses amitiés avec Talleyrand, Juilly et Fouché, devenu ministre de la Police, sont précieuses.

En l’an XI, la 17ème division militaire, devenue la 1ère, est placée sous les ordres du Général de Division Mortier. Le Général Junot est commandant d’arme de la place et le commandant Doucet, chef de l’Etat-Major.

Cette année là, le "citoyen de Ponton d’Amécourt jeune, secrétaire de l’Etat-Major général de la 1ère division militaire , membre de la société galvanique, de celle de statistique, etc…" fait paraître, à Paris, un ouvrage de 46 pages, intitulé « Exposé du Galvanisme, accompagné de faits nouveaux qui n’ont point encore été publiés ». Antoine, dans cette brochure, relate les travaux du savant italien Luigi Galvani et les applications qui en découlent .[11]

Tous ces travaux passionnent notre scientifique mais ne nuisent ni à son travail, ni à son avancement. En 1804, il a 24 ans, le voilà "secrétaire intime du Maréchal de l’Empire Mortier".[12]

La famille s’amenuise. Après ses frères déjà décédés, Augustin dernier du nom à sa génération, meurt à Montrouge le 25 juillet 1813.


A 30 ans, Antoine est toujours célibataire, aussi va-t-il songer à se marier. La jeune fille qu’il va épouser, Marie-Elisabeth-Madeleine Collette de Baudicourt, est la fille de Joseph-Madeleine Collette de Baudicourt, avocat au parlement, membre de la Légion d’honneur qui fut pendant plusieurs années maire du XII° arrondissement de Paris.

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Le couple résidera tantôt à Paris, tantôt à Trilport (Seine et Marne), dans le manoir Seigneurial du Fief du Bordet apporté au couple par la jeune épouse. Devenu propriétaire par son mariage, Antoine quitte l’Etat-Major et gère ses domaines. Il n’oublie pas pour autant ses anciens amis. Il rend parfois visite au Maréchal Mortier, qui réside à Issy-les-Moulineaux.

Le comte Louis de Narbonne, ambassadeur de France à Vienne, expire à Torgau le 17 novembre 1813, regretté de ceux qui l’ont connu…

Charles-François de Ponthon est devenu colonel et l’Empereur l’a fait Baron (1811). Il a participé à la prise de Moscou, il est alors attaché au cabinet de l’Empereur. Au début de 1814, le général Davout l’a nommé provisoirement général de brigade. Il sera Pair de France en 1846.

1814 sera une année terrible pour Antoine et pour sa ville de Trilport… Choisir entre les Bourbon et l’Empereur met le patriotisme de chacun à l’épreuve. Trilport est au cœur de la bataille et  plus de cent familles se retrouveront pillées, sans gîtes, couchées sur la paille et dans les étables, sans savoir réellement si elles soutiennent le Roi ou l’Empereur ?

  1. Grand Armorial de France : 27.276 – (Perthois et Normandie –filiation en 1556 – Conseiller Secrétaire du roi en 1708) – de Sable à une fasce ondée d’argent – (Armorial Général Paris II – Woëlmont, Noblesse subsistante)
  2. Armorial Charles d’Hozier enregistrement du 2 octobre 1697-province d’Ile de France f° 601
  3. La branche qui s’établit à Esclaron, eut pour chef Claude de Ponthon. Elle était représentée au XIX° siècle par Charles-Louis, Baron de Ponthon, pair de France, officier de la légion d’honneur, chevalier de St Louis, mort en 1849. Aujourd’hui, les descendants « de Ponthon » sont environ 150, tous descendants de Augustin, Marie, Napoléon de Ponthon (1848-1930) et de Marie Coubet de Gautran. Certains d’entre eux habitent aujourd’hui à « La Pinterie » 86580 Vouneuil sous Biard.
  4. Louis de Ponthon eu deux fils : Vrain qui est l’ancêtre des « Ponton d’Amécourt » et Claude (1599- ) qui est l’ancêtre des « Ponthon »
  5. Louis-Augustin de Ponton d'Amécourt: Ancêtre de la branche aînée,
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  6. Antoine-Louis-Marie de Ponton d'Amécourt: Ancêtre de la branche cadette,
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  7. Archives de la Creuse. Etat Civil de St-Priest-d’Evaux
  8. Notes d’Augustin de Ponton d’Amécourt. Arch. Privées
  9. branche cadette de la famille, dite de Ponthon « d’Eclaron » (Haute-Marne).
  10. Vicomte Charles de Hédouville, Notice sur le village d’Eclaron.
  11. Edité en 1803, Bibliothèque Nationale Rp1632
  12. Acte de naissance de Augustin-Marie-Zéphirin de Ponton d’Amécourt, le 26 août 1804 à Paris.